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Après un petit temps d’absence on a décidé de rattraper ce retard on vous offrant un sujet un peu plus creusé que d’habitude: la résidence artistique qui a pris possession de l’ancienne discothèque parisienne, les Bains-Douches. Ce genre d’initiative a le don de réveiller les médias quand il s’agit de vanter le talent des graffeurs, en témoigne la flopée d’articles sur le sujet depuis quelques semaines. On ne fait donc pas exception à la règle en vous plongeant dans l’histoire du lieu et dans sa nouvelle vie…

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La boite Les Bains-Douches du 3ème arrondissement, 7, rue du Bourg l’Abbé, a commencé à faire son nid dans les nuits parisiennes dans les années 80 avec ses soirées légendaires branchées qui ont vu passer Joy Division les Stones ou encore Iggy Pop. Pourquoi ce nom nous diriez-vous ? Facile, avant d’être une discothèque renommée ce bâtiment avait une toute autre histoire: il accueillait régulièrement depuis 1885 la crème des personnalités dans ses bains à vapeur tel que Marcel Proust. En 1978, c’est le virage à 180°, si la clientèle reste la même, finis les bains, bonjour le club. En 2010, le couperet tombe. A la suite de nombreux travaux illégaux par la propriétaire et d’abattement de murs porteurs, la fermeture définitive par arrêt préfectoral est décidée. Depuis, l’entrée imposante et dorée arbore un vieux papier froissé et décoloré: « Soirée annulée ».

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Le plus drôle dans cette histoire, c’est que sa démolition est prévue le 30 avril prochain pour y construire à la place un grand hôtel de luxe. Décidément, le bâtiment serait-il condamné à ne connaître que des vies luxueuses ? Surprise. Sa troisième vie, si courte soit-elle, en a décidé autrement. Jean-Pierre Marois, le propriétaire, contacte la galerie Magda Danysz en 2012. Quelques mois plus tard, en janvier 2013, une trentaine d’artistes et de graffeurs (dont les plus connus: Nasty, Vhils, Space Invaders, Sowat, C215…) ont investi les 3000 m² et ont caché peu à peu les blessures du vieux bâtiment malade. La beauté du lieu reprend des couleurs à travers la créativité de chaque artiste. Les créations, quant à elle, se répondent mutuellement à travers les murs pendant quatre mois hors du temps. Plus que du graff, il y aussi des peintures ou des installations 3D construites avec les matériaux récupérés sur place.

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Mais comment montrer cette nouvelle œuvre d’art éphémère qui tient à peine sur ses fondations ? Interdite au public, les organisateurs ont alors eu l’idée de recréer une galerie virtuelle sur leur site internet. Mais comme toute vie a une fin, la beauté de celle-ci restera éphémère, et le site fermera en même temps que la démolition… Certains diront que ces œuvres sont dénaturées puisque qu’enlevées de l’atmosphère du bâtiment qui font leur spécificité. Plus encore, l’éphémérité n’est plus respectée puisque que, par la magie d’Internet, les photos sont ancrées à jamais dans la toile. Encore et toujours le même débat, mais en tout cas, s’il n’y avait pas eu cette galerie, on aurait jamais pu se délecter visuellement d’une telle initiative.

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Vous avez donc dix jours pour aller voir sans faute la visite virtuelle de la résidence. N’hésitez pas aussi à aller voir toutes les photos des créations sublimes, le site et toutes les vidéos réalisées sur le lieu, comme ici ou . Et pour ceux qui en demandent plus, voici en vidéo la terrible technique Scratch Paper du 9eme Concept.

Le mot de la fin: « Le trait est inédit et il est surtout ÉPHÉMÈRE. Un chantier artistique éternel qui sera détruit le 30 avril. Une métamorphose quasi subliminale et instantanée d’un lieu mythique. Tout y est. C’est majestueux, et jamais vu, brut et magnifiquement sophistiqué. Un impensable come back transgressif dans l’âme underground des Bains. »

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© Photo Stéphane Bisseuil – Courtesy Magda Danysz