On continue sur notre virée toulousaine avec le report vidéo de la 3ème édition de la Toulouse Graffiti Jam qui vient de sortir. Comme on vous le disait précédemment pour l’Open Summer Jam toulousaine, la vile rose a été bercée durant le mois de mai par différentes manifestations autour du street art, du skate, du roller, du BMX ou encore du hip hop dont la géante jam organisée sur la fameuse place du Capitole avec quinze graffeurs locaux et quinze graffeurs européens.

Toulouse a fait office dans les années 90 de véritable laboratoire des cultures urbaines. C’est plus précisément dès 1986 que l’activité « graffitique » commence à prendre de l’ampleur avec la visite de graffeurs internationaux dont certains ont amené une petite touche new-yorkaise du côté d’Arnaud Bernard jusqu’aux Ponts Jumeaux. Les graffeurs locaux comme la Truskool ou 2pon élèvent vite le niveau et Toulouse devient une des capitales françaises du graff. C’est aussi la période de nos fameuses toulousaines Miss Van, Kat, Fafi ou Plume qui ont apporté une touche féminine des plus actives à la scène street art.

Le tournant des années 2000 est le premier dérapage dans la politique de la mairie. Plaintes, condamnations, détaguage… Le terrain après la bataille n’est pas beau à voir: de véritables œuvres sont détruites à jamais (je me rappelle plus particulièrement du magnifique spot au bord de la Garonne) et des lieux historiques de graff connus en dehors nos frontières sont fermés (les friches d’AZF, le canal…). Gros coup dur pour les graffeurs qui ne baissent pas les bras pour autant en se délocalisant en périphérie ou en luttant par des moyens légaux (appel au privés, animations auprès des MJC…). Côté sports urbains, le skateboard a quant à lui toujours eu une place importante dans les rues toulousaines et a su développer une scène foisonnante avec l’appui des nombreux skateshops du coin.

Face au succès underground des cultures urbaines, la mairie a trouvé un moyen de redorer son image auprès d’une scène culturelle délaissée qui lui avait alors tourné le dos. Cette première a fait ces derniers mois un effort considérable pour s’ouvrir à la richesse de ces cultures. Bien que, si elle déclare qu’elle a entamé dès 2008 un travail de concertation avec les acteurs locaux pour faire de Toulouse la capitale des Cultures urbaines, il faut rappeler qu’en 2010, une équipe de 45 agents a réalisé 40 000 interventions et nettoyé 160 000 m² de tags….

Que répondre à ça ? Il semble bien que l’intention d’enterrer la hache de guerre soit louable puisque la mairie a fait l’effort de marcher main dans la main avec des acteurs locaux comme le Mouvement Associatif pour les Cultures Urbaines, les associations ARA et ATRIA, le collectif Mémoire industrielle ou encore des étudiants des Beaux-Arts du collectif Implémentation qui ont supervisé le projet global sur tout le mois. On a même eu le droit à des cafés-débats autour du thème, des interventions dans les Universités, la finale des Trophées Masters de break au Théâtre National de Toulouse ou encore une exposition à la médiathèque. C’est clair comme de l’eau de roche: on peut voir que pour ces événements-là, les cultures urbaines ont investi les milieux institutionnels. Le problème c’est ce qui fait la force de nos CU, c’est leur milieu underground voir leur aspect illégal pour le graff. Ne les dénature-t-on pas en organisant ce genre d’événements ? D’un autre côté, il est clair que le coup de projecteur offert par la mairie est un gros coup de pouce pour la reconnaissance de nos cultures. Cette problématique trouve de plus en plus son importance face à l’intérêt grandissant des collectivités pour la richesse artistique de la rue. Elle a d’ailleurs été abordée avec finesse dans le Guide de l’Art contemporain urbain 2012 (hors série Graffiti Art Magazine) comme on a pu le voir avec l’interview de l’homme politique Christophe Girard très connu pour son intervention dans le monde du graff. Il se demandait justement à ce propos « comment apporter un soutien aux arts urbains sans les vider de leur puissance ? ».

Avec la même piste de réflexion, Carré d’info a interviewé un graffeur toulousain à propos de cette jam XXL sur la place du Capitole. Celui-ci évoquait son ressentiment: « Par exemple ce qu’il y a eu au Capitole… ça peint toute la journée, aux yeux de tous, avec l’assentiment des collectivités : le côté consensuel, c’est gênant parce que c’est totalement contraire à l’esprit du graff. Le graff, c’est pas fait pour être plaisant, à la base. » ou encore « Le graff ne doit pas se mettre là où les gens te disent de le mettre. Ce qui est beau dans le graff, c’est que c’est spontané et imprévisible !».

Alors, belle initiative ou faux pas ? Il est clair que les impressions sur cette promotion des cultures urbaines diffèrent selon l’angle de vue de chacun. Les graffeurs aiment le goût du risque et de l’illégalité, ce qui motive aussi leur désir d’anonymat et leur volonté de travailler dans l’ombre. Si certains ont tendance à penser que les grands événements de ce type ou les galeries d’art peuvent dénaturer leur talent, au contraire j’ai plutôt tendance à affirmer qu’ils permettent de mettre les cultures urbaines en avant. Ces cultures de la rue sont des cultures undergrounds, c’est un fait. Elles le seront toujours car ce sont dans cet univers qu’elles sont nées, se sont développées, et se développent toujours. Ces événements institutionnels grand public ne cherchent pas à les accaparer, mais à permettre au moins pendant un jour de s’immiscer dans ce monde pour les plus curieux et les plus ouverts d’esprit. Au final, si la Toulouse Graffiti Jam a certes permis à la mairie de redorer son blason envers les jeunes et les gens du milieu, elle a aussi fait découvert au public l’art de graffer et ceux qui le pratiquent. Un public qui, s’il est assez curieux, dépassera l’image déformée et trop « lisse » de cette jam consensuelle au Capitole pour creuser la véritable histoire et l’esprit du graff beaucoup plus « sombre » et contestataire.

On salue donc cette initiative dans le cadre du mai des cultures urbaines (et de la semaine de l’Europe) dont la vidéo vient enfin de sortir. Trente graffeurs toulousains et européens ont été réunis sur 200 mètres carrés linéaires de panneaux de bois sur la place du Capitole, voici ce que ça donne. Pour les amateurs, vous pourrez retrouver une partie des pièces au Square De Gaulle (métro Capitole) lorsque les travaux seront finis !

Sources: 1 2 3 4

 

  1. Toulouse Graffiti Jam 2012 | Undressed Design | Undressed Design
    Juil 21, 2012

    […] Retour en image et en vidéo sur l’événement. Je vous invite également à lire ce magnifique article paru sur Urbstreet. […]

    Reply