Le regard sombre, Tobin n’est pas un grand adepte des auto-portraits. La barbe de trois jours, une calvitie précoce, un visage dur et creusé. Tobin, c’est un peu le stéréotype du mafieux russe à qui il ne manquerait plus que la veste noire en cuir et une petite croix d’os tatouée fièrement sur le torse.

Pourtant, ici il n’est pas question de flingue. Tobin, son arme, c’est l’objectif. Le genre de petit génie qui réussit à publier sa première photographie dans Thrasher Magazine à l’âge de 15 ans. Parce que, quand on regarde de plus près dans ces petites pupilles noires… on sent quelque chose. Un truc. Une envie d’en découdre.

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Avec 44 ans au compteur, Tobin en a vu des choses. Il a suivi le quotidien des meilleurs skateurs au monde. Il a su capturer l’intimité et la persévérance de toute une jeunesse influencée par cette culture subversive. Pour Tobin, le clic, c’est sur le moment. Rien n’est orchestré. Dès qu’il pointe son objectif quelque part, quelque chose se passe, d’un skateboard dégommant le pare-brise d’une voiture à Jason Lee ouvrant une canette de Coca tel le Messie.

Plus le temps passe, plus ces clichés prennent tout leur sens. Derrière chaque photographie, chaque personne, chaque lieu se cache une histoire aux confluences des événements qui ont marqué l’histoire du skate. Tobin glisse ainsi à Juxtapoz que, le jour où il a pris la photo de Mickey Reyes skatant sur la 24ème avenue, ce dernier, alors qu’il était en train de se poser et de boire son jus d’orange, s’est subitement levé et s’est mis à crier quelque chose d’inaudible. Il a alors fracassé la bouteille par terre, pris son skate et est parti d’un coup, forçant Mickey à courir après lui pour capturer « cet » instant présent.

« I think finding the perfect moment to take a photograph is all about knowing that person really well ».

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La scène skate des années 90 fut particulièrement marquée par cette sensibilité photographique mise en lumière par Tobin et ses acolytes – et colocs – Bryce Kanights, Mickey Reyes, Luke Ogden et Julien Stranger. Il n’est plus questions de tricks, mais de mode de vie, d’émotions, de cris de colère ou de joie. Très vite, son œil immersif fut accaparé par les « plus grands », tels que Spike Jonze ou Thomas Campbell. Une approche marquée par la persévérance et la passion, deux valeurs phares de la culture underground skate.

Tobin n’était pas un simple observateur. C’était une véritable pièce du puzzle, un membre à part de cette culture qui a par la suite, inspiré de nombreux jeunes gens à passer derrière l’objectif tels que Sam Ashley. Chaque photographie est un pur témoignage des premiers émois de cette culture « à ressentir » avant tout comme un cri d’alarme de la jeunesse des années 90

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