Dis-iz back !

La sortie de son EP Lucide en 26 mars 2012 et de son prochain album Extra-Lucide le 29 octobre prochain signe le grand retour de Sérigne M’Baye Gueye alias Disiz la Peste ou Disiz Peter Punk sur la scène du hip hop.

C’est vrai qu’on aurait pu finir par croire que Nas « hip hop is dead » avait prophétisé le destin du mic en France. Les lyrics de Sexion d’assaut, Orelsan ou Booba semblaient avoir tourné définitivement la page de l’âge d’or du rap français des années 90, de la France Black Blanc Beur, des textes engagés, enragés, plein d’espoir et de haine.

C’est donc avec appréhension qu’on découvre le retour de cette pointure après plusieurs années de silence, une retraite anticipée (Disiz The End) et un « Very Bad Trip » Rock’n Roll (Les Larmes du Crocodiles).

Disiz, le prophète qui sortira le hip hop français des griffes du rap bling bling swaga bitch actuel ? C’est en tout cas le ton donné tout au long de l’EP et en particulier dans  « Moïse »… Mais le message passera-t-il?

Lucide est un EP à la hauteur de la réputation de Disiz. Son flow qui se faufile sur le beat sans embûche, enchaînant figures de style, rimes, n’a pas pris une ride. Toujours aussi original et facilement identifiable, il balance avec une dextérité étonnante des lyrics qui font chez l’auditeur alerte l’effet d’une bombe. On aurait pu croire que ses textes se ramolliraient, qu’après avoir pété les plombs en 2000 il soit finalement rentré bien tranquillement chez lui. Mais non. Des vers toujours aussi crus, une rage intacte qui décape et rafraîchit.

Disiz commence avec « Toussa Toussa » et, sur un beat puissant de Statik Selektah, ouvre la danse avec un égo trip acide et ironique qui sonnera pour les auditeurs les plus avertis un rien québécois. Tout et tous y passe, il ne fait pas dans la dentelle, un coup de sang à réveiller les morts. Et pour ceux qui n’aiment pas… « Whatever ! ». Après ce premier morceau étonnant, la suite de l’EP surprend moins.

Sur « Moise » même si sa colère et ses textes nous transportent, le refrain et le beat de Street Fabulous  (qui produit les albums de toute la nouvelle génération du rap français) sonne un rien décalé, on perd le file, on y croit moins. Un coup de cœur pour « Mon amour » qui résume bien le paradoxe Disiz. Ce trentenaire à la rage intarissable, qui ne veut pas rentrer dans les cases, et qui n’y arrivera jamais. Le reste de l’EP malgré des passages intéressants semble manquer de quelque chose, ou peut être au contraire s’efforce à mélanger trop de choses, trop d’influences, de styles, d’histoires, de collaborations. Comme si Disiz, pris de frénésie ne sachant où aller était parti dans toutes les directions, laissant là son public, perdu.

Disiz est un inclassable, un ovni du rap français. Ce dernier album en est le témoin le plus fidèle. Un flow intact et original, des beats travaillés qui pèchent des fois dans le passé rock de notre Peter Pan, ou dans celui house -avec l’apparition de Grems– et des textes plein de rage qui n’ont pas perdu de leur humour. Mais sa grande gueule n’y fera rien, malgré tous ses efforts pour suivre le chemin cahoteux du Hip Hop hexagonal, en collaborant par exemple avec des membres de 1995 (que certains voient déjà comme la relève du rap français), il n’est pas certain que Disiz retrouve le succès de ses débuts.

Attendons la sortie de l’album complet dans l’été, n’enterrons pas, par trop de Lucidité ce retour honorable de la Peste.